Le Havre, Patrimoine mondial

extremite de la façade ouest du V 61

Révéler les détails

La régularité et l’harmonie de la trame déclinée à l’échelle urbaine et à celle de l’architecture ne permettent pas la monotonie, une multitude de variantes et de détails viennent enrichir cette architecture pour laquelle il existe différents types de bétons.

Des détails de composition

 Décliné sous différentes textures et différents aspects, le béton est utilisé sous de multiples formes :Bouchardé pour les parements de façade des ISAI, lavé pour pour certains panneaux, brut de décoffrage sur certains bâtiments ou poncé pour d'autres, le béton caractérise des ouvrages par sa composition.

«Le béton trouve au Havre ses lettres de noblesse, employé sans fard selon des modes de mise en œuvre très élaborés, permettant de révéler l’esthétisme du classicisme structurel. Mon béton est plus beau que la pierre. Je le travaille, je le cisèle […], j'en fais une matière qui dépasse en beauté les revêtements les plus précieux» écrivait Auguste Perret.

Les variations de lumière : Les outils de la ville moderne

Le claustra est une paroi qui permet de capter la lumière tout en dessinant une façade opaque. Ce sont les éléments constitutifs des cages d’escaliers de certains immeubles du centre, de l’enceinte du collège Raoul Dufy et de la tour de l’Hôtel de Ville. Cette paroi ajourée d’une façade est réalisée en éléments de béton moulé. Certaines façades de la reconstruction y ont eu recours pour apporter de la lumière de façon indirecte. Suivant le type de bâtiment, les claustras possèdent différentes formes. Sur le Collège Raoul Dufy ou l’immeuble N 10 bordant la rue de Paris, les claustras sont définis en forme de V contrairement aux claustras des escaliers extérieurs de la tour de l’Hôtel de Ville qui sont en forme de croix de Saint-André. (images)

Autre travail sur l’apport de lumière dans les bâtiments de la reconstruction, la brique de verre. Cet élément (brique de verre ou pavé de verre) constitue un matériau de construction. Cette brique peut être transparente ou translucide. Elle sert à laisser passer la lumière au travers d'un mur et est souvent utilisé à la reconstruction pour éclairer les cages d’escalier. Dans certains immeubles du front de mer sud comme dans les galeries du collège Raoul Dufy, des voûtes formées de briques de verre créées des puits de lumière dans les passages d’entrée des bâtiments et sous le portique du collège.

Un décor architectural sobre

Les architectes ont beaucoup joué sur la forme et le décor du support des galeries. La colonne est déclinée sous plusieurs formes avec ses chapiteaux parfois ciselés, cannelés, sans chapiteau ou bien même ornée de fleurs de lotus comme sur l’îlot N10 bordant la rue de Paris. Les colonnes sont omniprésentes dans l’architecture de la reconstruction et le concept du classicisme structurel. Comme pour les bâtiments, la composition des colonnes diffèrent selon la galerie ou le balcon qu’elles soutiennent. Par exemple, l’îlot S54 est composé de colonnes polygonales au rez-de-chaussée, rondes aux cinquième étages et montent sur toute l’élévation à travers les balcons continus. A l’intérieur même des appartements, des colonnes semblables soutiennent l’ossature et traversent les dalles des planchers.

L’avenue Foch est aussi le lieu d’un tout autre genre de détails décoratifs. Sur l’initiative de Georges Priem et commandé par la coopérative de reconstruction François 1er, divers sculpteurs ont réalisé des bas-reliefs « aux  gloires du Havre ». Il s’agissait d’une tentative de relier la reconstruction à la ville d’avant-guerre. Chaque immeuble de l’avenue a reçu un thème et a pris le nom de « maison ». Maison des combattants, des écrivains, des sciences, des Beaux-Arts, ou de l’industrie. Faute de réel ancrage dans la mémoire populaire, ces appellations se sont perdues. Cependant, les bas-reliefs restent présents sur les façades et ornent les halls d'entrée d’immeubles.

Les bâtiments restent habillés par des matériaux nobles comme l’acier galvanisé ou brut qui compose les garde-corps, les balcons et les loggias. Les stores et persiennes apportent quelques touches de couleurs dans le paysage du centre reconstruit. Définit par des couleurs primaires (jaune, bleu), ces structures de protection contre la pluie et le vent ponctuent de fantaisie les structures sobres et rectilignes de l’architecture moderne.

Un patrimoine malmené remis en lumière

Par un rejet massif de la ville reconstruite ou une incompréhension de l'architecture Perret, le centre reconstruit connait des années soixante aux années quatre-vingt de multiples dégradations. Le béton, jugé comme peu esthétique, est recouvert de peinture. L'ossature des bâtiments, emblème du classicisme structurel, est dissimulée derrière des enseignes de magasins, elle est recouverte par la progression des vitrines commerciales. Les colonnes sont enveloppées dans des coffres. Les habitants ne s'approprient pas l'architecture Perret et elle s'efface lentement dernière de nouveaux artifices.

Au cours des années 1980, au moment où se posait la question de l’entretien des immeubles, le centre reconstruit est devenu l’objet d’une approche plus “esthétique”. Les premières opérations de ravalement ne visaient pas la préservation de la valeur historique des bâtiments. Il s’agissait d’une simple mise en peinture des façades en béton, pour les protéger. Mais cette protection se faisait au détriment de l’expression originelle du matériau, telle que l’avait voulue l’équipe Perret. Cacher le béton, le dissimuler sous une couche de peinture, posait problème dans une ville où le matériau est l’un des éléments majeurs de l’expression architecturale. Alertée, en 1986, par la mise en peinture d’une façade du quai George V, la municipalité s’est orientée vers une politique pragmatique en direction des copropriétés (qui constituent la majeure partie du centre reconstruit). L’option retenue fut de privilégier la concertation, de responsabiliser les propriétaires et de mener parallèlement un travail culturel de fond pour expliquer les spécificités de l’architecture de l’école du Classicisme Structurel. Cette politique de terrain a porté ses fruits. De nombreux immeubles ont été ravalés dans de bonnes conditions. Un certain nombre de principes simples ont été mis en œuvre pour éviter le remplacement anarchique des fenêtres en chêne et des garde-corps en acier par des produits performants mais grossiers. Un travail se fait en direction des commerçants pour obtenir le respect des travées d’ossature et une discipline dans l’accrochage des enseignes.

Le tournant de1995: la reconnaissance d'un patrimoine à protéger

L’instauration d’une Zone de Protection du Patrimoine Architectural et Urbain (ZPPAUP) en 1995 a donné un cadre juridique à tous ces travaux de ravalement et de restauration. La mise en peinture des façades est définitivement proscrite, et l’on procède aujourd’hui au décapage des façades peintes pour retrouver les qualités des bétons d’origine. La ZPPAUP a transcrit de manière réaliste des pratiques concrètes qui étaient déjà à l’œuvre au Havre depuis une dizaine d’années. Le travail pédagogique en direction des habitants a produit une prise de conscience. La qualité des restaurations incite à un plus grand respect de l’architecture de Perret.

La protection réglementaire du centre reconstruit est assurée, depuis 1995, à travers une ZPPAUP. La définition de règles précisant les modes d’intervention possibles sur les immeubles, a conduit les habitants, les entreprises et les commerçants, à reconsidérer leurs biens immobiliers dans une optique plus patrimoniale. Les règles ont pour objet la mise en valeur des caractéristiques architecturales de la reconstruction (ordonnancement des façades, lisibilité de la structure porteuse, diversité des traitements du béton, détails architectoniques, etc.). La municipalité développe une pédagogie architecturale en direction des habitants. Un emploi “d’agent de développement du patrimoine” a été créé par la Ville, en 1999, pour sensibiliser les commerçants, les entreprises et les copropriétaires à la protection architecturale des immeubles. Tous les chantiers menés dans le centre-ville (quelle que soit leur taille) font l’objet d’un contrôle quotidien. Des procédures sont engagées, avec l’Architecte des Bâtiments de France, pour sanctionner les travaux illicites. Les services de la Ville travaillent en amont pour faire émerger une famille de solutions techniques permettant de répondre, dans de bonnes conditions, aux règles édictées par la ZPPAUP. Des contacts avec des entreprises de bâtiment, des fournisseurs, des bureaux d’études, des centres de recherche ont permis la promotion de techniques (souvent innovantes) respectueuses du patrimoine “Perret”.

Ci-joint, les photos du diaporama montrent des exemples explicites de ravalement d’îlots ou de commerces entiers.