Le Havre, Patrimoine mondial

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La ville idéale de 1946

En mars 1946, le plan définitif est adopté : l’Atelier Perret propose une ville calibrée selon trois échelles : une échelle urbaine, celle de l’îlot d’habitation enfin celle du logement type. Le plan d’ensemble respecte les doctrines modernes et systématise l’utilisation du béton armé, tout en s’inspirant de la composition historique de la ville.

Dans la continuité historique

Ainsi l’Atelier repositionne les grands axes d’avant-guerre, ouvrant sur la mer (avenue Foch, bd François 1er) et le port (rue de Paris), mis en perspectives par des ensembles bâtis monumentaux (Porte océane, front de mer sud, ISAI) ponctués de tours, véritables marquages urbains. Les édifices majeurs d’avant-guerre sont réimplantés dans le tissu moderne (Hôtel de ville, bourse, églises, collège, halles…) : Perret tente ainsi de renouer avec l’identité portuaire et commerciale du centre-ville, et de perpétuer une continuité historique dans un cadre architectural moderne.

Un triangle monumental

Ces axes historiques forment un triangle monumental, à l’intérieur duquel vient se positionner le maillage urbain orthogonal composé d’îlots ouverts de 100 mètres de côté. Deux trames suivent l’orientation des bassins historiques (Commerce et Roy) reprenant quasiment à l’identique, pour la partie nord, la composition de la ville XIXème, tandis qu’à l’Ouest, le maillage reprend l’orientation du bd François 1er (reflétant ici les tensions entre l’Atelier et les choix de la municipalité). Chaque sommet de ce triangle monumental est ponctué par un édifice ou un ensemble monumental identifié par une tour.

La ville classique

La ville classique de Perret s’organise selon des fonctions hiérarchisées qui structurent les espaces et interagissent entre eux : réimplantation des rues, places, monuments et ilots. Pour la rue commerçante, il reprend le principe architectural du portique, galerie couverte au-devant des boutiques en retrait selon le modèle de l’architecture commerciale sous le 1er Empire (rue de Rivoli). On y retrouve la même typologie architecturale : un rez-de-chaussée entresolé (les boutiques et leurs réserves) rythmés par des colonnes, rez-de-chaussée surmonté de trois niveaux d’habitations dont un balcon filant soulignant le premier étage.

Une unité profonde

La présence de colonnes dans la rue, tous les 6,24 mètres reflète l’adoption d’une trame constructive définie dès 1946 comme l’explique Jacques Tournant :

« La construction elle-même n’a pas été laissée au hasard, et l’adoption d’un module ‑ ou trame ‑ de 6,24 m qui se trouve dans toute la ville neuve assure son unité profonde, permettant aussi son raccordement à la partie existante. Par sa disposition orthogonale supprimant les surfaces biaises et par ses dimensions, cette trame dans laquelle peuvent être installées deux pièces d’habitation et qui, répétée dans les deux sens, forme des éléments carrés, cette trame est non seulement en accord avec l’Economie au sens le plus élevé du mot, mais c’est aussi ‑ et l’on s’en aperçoit sans cesse ‑ un très réel facteur d’économie ».

Un canevas invisible

La multiplication de la trame par 2 permet de définir l’épaisseur des bâtis :

  • augmentation de la surface des planchers
  • entraînant une diminution de la surface des façades
  • entraînant un coût moindre.

Par ailleurs, les sous-multiples de cette trame - 6,24 mètres - définissent un module de 52 cm définissant la largeur des fenêtres (2 modules) ou des trumeaux* de remplissage : les éléments structurels et constructifs entrainant une rythmicité architecturale.

Cette trame devient selon Jacques Tournant un « canevas sans caractère de rigidité, comprenant une « variété du remplissage, des balcons et des portiques ». Ce canevas invisible s’établit sur un plan-masse intégrant des volumes bâtis dont l’implantation, l’orientation et la hauteur s’organisent afin d’offrir « le droit au calme, au soleil, à l’air et à l’espace », la ville « s’inscrivant en mesure, telle une harmonie musicale » (Auguste Perret).

Trumeau : Espace compris entre deux portes, entre deux fenêtres; panneau, revêtement (de menuiserie, de glace, peinture ornementale, etc.) qui occupe cet espace.

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