Le Havre, Patrimoine mondial

Le front de mer

La valeur universelle exceptionnelle

Pourquoi est-elle unique au monde ? La ville reconstruite n’a pas était inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco sans raison. Elle possède une valeur unique au monde, internationalement reconnue par le fait de son inscription. Son histoire, sa conception innovante font partie des arguments qui placent cet ensemble urbain  au niveau des plus grands patrimoines culturels du monde. La protection, la gestion, l'authenticité et l'intégrité des biens sont également des considérations importantes.

Pour être inscrit sur la liste du Patrimoine Mondial qui compte aujourd’hui plus1000 biens dont 41 en France, un bien doit répondre  au moins à l'un des dix critères de sélection définis par l’Unesco, garantissant la valeur universelle exceptionnelle.

Cette valeur est un double filtre de sélection (universelle et exceptionnelle). Pour le Havre, deux critères ont justifié cette reconnaissance.

Le plan historique et artistique

La valeur universelle exceptionnelle de la Ville reconstruite est présente à la fois sur le plan historique, en tant que témoignage de cette phase de modernisation intense des villes et des réseaux, et artistique, en tant qu’œuvre majeure de l’architecture et de l’urbanisme du XXème siècle. La Liste du patrimoine mondial ne comportait aucun site reconstruit (entendu comme création moderne, et non comme restitution à l’identique d’un bien ancien).

Le Havre compte plusieurs chefs-d’œuvre représentatifs de l’ordre du béton armé inventé par Auguste Perret (l’église Saint-Joseph et l’Hôtel de Ville), un musée des beaux-arts innovant (le musée Malraux - MuMa) qui témoignent d’une prise en compte originale de la lumière et du paysage dans une cité portuaire marquée par la naissance de l’impressionnisme et par la présence d’une tradition picturale de premier ordre.

La maison de la culture (Espace Niemeyer - le Volcan) est aussi un emblème des recherches plastiques de l’architecte brésilien Oscar Niemeyer et de très nombreux bâtiments en béton apparent (immeubles d’habitation et édifices publics) sont d’une qualité architecturale remarquable.

Les critères retenus

Critère (2) :

Le plan de reconstruction d’après-guerre du Havre est un exemple exceptionnel et une étape importante de l’intégration des traditions urbanistiques à une mise en œuvre pionnière des développements modernes qui se sont produits dans l’architecture, la technologie et l’urbanisme.

Critère (4) :

Le Havre est un exemple d’après-guerre exceptionnel de l’urbanisme et de l’architecture, basé sur l’unité de la méthodologie et sur le système de la préfabrication, l’utilisation systématique d’une trame à module et l’exploitation novatrice des potentiels du béton.

 

Une analyse comparative de la ville du Havre avec d'autres agglomérations marquées par la reconstruction qui a suivi la Deuxième Guerre Mondiale confirme la valeur universelle exceptionnelle de ce bien culturel.

Une unité  remarquable

Parmi les nombreuses villes reconstruites, Le Havre est exceptionnelle pour son unité et son intégrité, associant un reflet du schéma antérieur de la ville et de ses structures historiques encore existantes aux idées nouvelles en matière d’urbanisme et de technologie de construction.

Parallèlement, la ville reconstruite répond au critère d’authenticité exigé par l’Unesco, aucun bâtiment majeur n’ayant été dégradé de façon irréversible.

Un centre authentique

Le centre reconstruit du Havre a conservé son authenticité et son intégrité non seulement en ce qui concerne la conception urbaine initiale mise au point par l’équipe Perret, qui a été respectée dans son ensemble, mais aussi pour tout ce qui touche aux édifices particuliers, publics et privés, à leurs matériaux et à leur apparence. Le tissu de la reconstruction n’a pas été dégradé comme cela a été le cas dans de nombreuses autres villes européennes et ce, en raison de sa croissance urbaine modérée.

Des constructions plus récentes bien intégrées

Il a été complété, de manière ponctuelle, sans altération globale des qualités de l’espace urbain. La passerelle sur le bassin du Commerce (construite en 1969 par l’architecte Guillaume Gillet) et la maison de la culture (réalisée de 1978 à 1982 par Oscar Niemeyer) offrent de bons exemples d’intégration au paysage urbain façonné par l’atelier de reconstruction. Bien qu’étrangère à l’esthétique du Classicisme Structurel et aux typologies d’édifices mises en place au lendemain de la guerre, l’œuvre d’Oscar Niemeyer a créé une authentique dialectique sémantique par rapport à l’architecture de l’Ecole Perret. Elle a enrichi, grâce à ses métaphores maritimes, le paysage du bassin du Commerce.

La résidence de France a cependant créé une rupture. Avec ses douze niveaux de logements, elle a introduit un obstacle visuel qui nuit à la perception du rapport recherché par l’équipe Perret entre le centre reconstruit et la côte. Son architecture présente cependant une valeur historique intrinsèque, non seulement comme œuvre de Georges Candilis (qui incarne au plan international les tendances nouvelles de l’après-guerre), mais aussi en tant que modèle réussi de “l’architecture proliférante” des années 1960.

Les garanties sur la conservation et la préservation du bien 

Le centre reconstruit du Havre a bénéficié depuis 1995, avec la Zone de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager (ZPPAUP) bientôt reconvertie en Aire de mise en valeur de l’architecture et du Patrimoine (AVAP) définissant une  protection adaptée. Le territoire global (zone inscrite sur la Liste du patrimoine mondial + zone tampon) correspond à celui initial de la ZPPAUP. Le centre est alors pris en compte comme une œuvre architecturale et urbanistique à part entière.

Cette zone a donné un cadre juridique à tous les travaux de ravalement et de restauration. La mise en peinture des bétons ouvragés est définitivement proscrite, et l’on procède aujourd’hui au décapage des façades peintes pour retrouver les qualités des bétons d’origine. Dès 1995,  la ZPPAUP a transcrit de manière réaliste des pratiques concrètes qui étaient déjà à l’œuvre au Havre depuis une dizaine d’années.

La définition de règles précisant les modes d’intervention possibles sur les immeubles, a conduit les habitants, les entreprises et les commerçants, à reconsidérer leurs biens immobiliers dans une optique plus patrimoniale. Les règles ont pour objet la mise en valeur des caractéristiques architecturales de la reconstruction (ordonnancement des façades, lisibilité de la structure porteuse, diversité des traitements du béton, détails architectoniques, etc.).

La municipalité a développé une pédagogie architecturale en direction des habitants et des professionnels. Un emploi « d’agent de développement du patrimoine » a été créé par la Ville, en 1999, pour sensibiliser les commerçants, les entreprises et les copropriétaires à la protection architecturale des immeubles.

Pour aller plus loin

Dossier de candidature - Le Havre - Joseph Abram (PDF - 11mo) Téléchargement