Le Havre, Patrimoine mondial

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La trame urbaine et le triangle monumental

Mettant en œuvre une grille de grands îlots, le plan général élaboré par Auguste Perret s’articule autour d’un triangle monumental qui reprend les anciens tracés du Havre et confère à la reconstruction une lisibilité remarquable 

Les trois grands axes de circulation (boulevard François 1er, Avenue Foch et rue de Paris) relient les trois pôles identitaires du Havre : le centre-ville, la mer et le port. Ces voies sont remarquables par leur largeur et le front bâti régulier qui les constitue. La rue de Paris et l’avenue Foch, axes nord-sud et est-ouest, font référence au Cardo et Décumanus des villes romaines. Ces trois axes forment ce que l’on appelle le « triangle monumental » de la composition urbaine reliant trois ensembles architecturaux majeurs  - place de l’Hotel de Ville, Porte Océane et Front de Mer Sud.

Ils sont ponctués par des éléments repères qui émergent dans le paysage urbain. Deux constructions «phares» dominent ainsi la ville, exprimant de façon symbolique l’importance des deux pouvoirs, politique pour la tour de l’Hôtel de Ville (72m) et religieux pour l’église St Joseph (107m).

Il faut noter que si ce triangle monumental sert de base à la composition urbaine du nouveau centre, il reprend le dessin de trois voies existantes avant-guerre. À l’intérieur de ces axes, deux plans en damier sont aménagés ; le premier se cale sur le Bassin du Commerce et le second sur le Bassin du Roy et le boulevard François 1er. Des voies secondaires découpent donc des îlots carrés de 100x100m, étalonnés sur la largeur du Bassin du Commerce.

Un troisième niveau de voirie redécoupe ces îlots selon différents schémas de division du module. À l’intérieur des îlots ainsi définis, la composition du plan masse des constructions est établie selon des critères plus emprunts au mouvement moderne tels que : l’orientation par rapport au soleil et aux vents dominants ou l’organisation autour une cour collective traitée comme un espace à vivre et non plus un espace résiduel.

C’est là une des originalités de la reconstruction du Havre qui, très peu de temps avant la conception des grands ensembles des années 1960, reste dans une configuration d’îlots structurés où la différenciation espace public/espace privé est claire, tout en utilisant des principes de plan masse modernes.

« L’économie et la forme du sol, qui est plat comme la mer, nous ont conduit à faire de l’angle droit la règle du plan. Nous aurons donc une cité orthogonale – nous parerons à ce que cette disposition peut avoir de monotone par la variété dans la largeur des rues et la hauteur des maisons, par des décrochements, des cours ouvertes et plantées, des places et placettes ; nous éviterons les sempiternelles alignements d’arbres, mais nous voulons que de partout on aperçoive la branche d’un arbre, le miroir ou le jet d’une fontaine » Auguste Perret.