Le Havre, Patrimoine mondial

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La Porte Océane

L’ensemble monumental projeté par l’Atelier de Reconstruction du Havre a été baptisé « Porte Océane » en référence à l’ouvrage d’Edouard Herriot publié en 1932 ("La Porte Océane") et en tant que symbole du passage entre la ville et la mer.

Il se situe à l’extrémité de l’avenue Foch (très disparate avant sa destruction) dont il forme la jonction avec le front de mer ouest et le carrefour avec le boulevard François 1er. Le chantier a été divisé en deux parties, nord et sud, l’une confiée à Jacques Poirrier et l’autre à André Hermant, tous deux architectes de l’Atelier d’Auguste Perret. En mars 1954, alors que la tour sud s’achevait, la tour nord sortait seulement de terre, victime d’importants problèmes de fondations entraînés par la composition du terrain marécageux.

Un symbole face à la mer

Le plan d’urbanisme de la reconstruction du Havre a été dessiné par l’Atelier à l’intérieur du triangle ancien du centre-ville détruit dont les sommets ont été mis en valeur par des ensembles monumentaux : la Porte Océane à l’ouest, la place de l’Hôtel de Ville au nord et le Front de mer sud. La Porte Océane forme un décor hautement symbolique avec ses tours, véritables monuments publics puisqu’elles sont censées représenter la porte de la cité. Ces volumes hauts ont été conçus pour terminer et encadrer l’axe principal du Havre (boulevard de Strasbourg, place de l’Hôtel de Ville, avenue Foch). L’unité de la Porte Océane paraissait fondamentale pour « répondre » à celle de la place de l’Hôtel de Ville. Parallèles aux immeubles-bornes de 13 étages, les immeubles fermant à l’ouest l’esplanade de la Porte Océane s’élèvent sur six niveaux (R+5). Ces bâtiments horizontaux, qui devaient former un écran contre les vents, sont reliés aux tours par des bâtiments perpendiculaires de même hauteur, de telle sorte que l’ensemble dessine une place carrée qui s’ouvre sur une vaste esplanade que l’avenue Foch traverse en son milieu avant de déboucher sur la plage, la jetée, le port de plaisance et les clubs nautiques.

La construction

Les deux parties (nord et sud) ont un aspect identique. Pour ce chantier, l’Atelier de Reconstruction a très légèrement réduit la trame uniforme de 6,24 mètres qu’il avait déterminée pour atteindre une normalisation optimale. Puis cette trame est divisée en demi-module, tiers de module et quart de module. La construction est à ossature de béton armé apparente dont l’entraxe des points d’appuis est donc de 6,21 mètres. La hauteur d’étage est fixée à 3,10 mètres de plancher à plancher. La face intérieure des poteaux d’ossature est d’aplomb et les changements de section sont apparents vers l’extérieur. La saillie des poteaux par rapport au nu de la façade est particulièrement accentuée aux étages inférieurs des immeubles hauts.

Pour l’ensemble des bâtiments, les remplissages sont constitués par deux types de trumeaux monolithes, un large et un étroit, conçus sur un module de 69 centimètres, c’est-à-dire un neuvième de la travée générale. Par leurs combinaisons, ces trumeaux ont permis de varier la disposition des fenêtres. Pour ne donner prise ni à l’eau de pluie ni à la poussière, le parement de ces immeubles exposés aux grands vents du large, est avivé mécaniquement par grésage et non bouchardé.

Les bâtiments en front de mer, hauts de 21 mètres, sont couronnés par un attique en retrait, à l’intérieur d’un gabarit formé par un arc de cercle de dix mètres de rayon. Des corniches marquent les deuxième et cinquième étages. Les cinq premiers étages abritent des appartements de une à six pièces, le sixième étage partiel des chambres indépendantes. Ils sont raccordés à la tour du V74 par une construction à un étage dont l’usage est réservé à des garages et des habitations (chambres indépendantes). Au nord, la diagonale du boulevard François 1er coupe la composition, si bien que la tour du S25 n’est pas directement liée aux immeubles intermédiaires. Les tours, hautes de 47,50 mètres mais larges de seulement 12 mètres, sont constituées de deux immeubles de 13 étages accolés et reliés tous les quatre étages. Des corniches soulignent les deuxième, sixième et douzième étages.

Les masses ont été conçues selon l’ensoleillement et les vues. Les 256 appartements sont disposés suivant seize types différents tenant compte de l’orientation, des vents et de la disposition des bâtiments. Par exemple, l’orientation est-ouest des immeubles en front de mer et des tours, ont conduit à placer face à la mer les salles de séjour ou « vivoirs », les cuisines et les escaliers et à l’est les chambres à coucher.

Il a été envisagé de faire un restaurant à l’étage de couronnement d’une des tours mais face à l’avis négatif des sapeurs-pompiers, ce projet a été abandonné en octobre 1951.

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